COMMENT INTERPELLER DIEU - SOUS L'ACACIA

Le Revenant

Des fois je m’ dis, lorsque j’ charrie
À douète... à gauche et sans savoir
Ma pauv’ bidoche en mal d’espoir,
Et quand j’ vois qu’ j’ai pas l’ droit d’ m’asseoir
Ou d’ roupiller dessus l’ trottoir
Ou l’ macadam de « ma » Patrie,

Je m’ dis : — Tout d’ même, si qu’y r’viendrait !
Qui ça ?... Ben quoi ! Vous savez bien,
Eul’ l’ trimardeur galiléen,
L’ Rouquin au cœur pus grand qu’ la Vie !

De quoi ? Ben, c’lui qui tout lardon
N’ se les roula pas dans d’ beaux langes
À caus’ que son double daron
Était si tell’ment purotain

Qu’y dut l’ fair’ pondr’ su’ du crottin
Comm’ ça à la dure, à la fraîche,
À preuv’ que la paill’ de sa crèche
Navigua dans la bouse de vache.

Si qu’y r’viendrait, l’Agneau sans tache ;
Si qu’y r’viendrait, l’ Bâtard de l’ Ange ?
C’lui qui pus tard s’ fit accrocher
À trent’-trois berg’s, en plein’ jeunesse
(Mêm’ qu’il est pas cor dépendu !),
Histoir’ de rach’ter ses frangins
Qui euss’ l’ont vendu et r’vendu ;
Car tout l’ monde en a tiré d’ l’or
D’pis Judas jusqu’à Grandmachin !

L’ gas dont l’ jacqu’ter y s’en allait
Comm’ qui eût dit un ruisseau d’ lait,
Mais qu’a tourné, qui s’a aigri
Comm’ le lait tourn’ dans eun’ crém’rie
Quand la crémière à ses anglais !

(La crémièr’, c’est l’Humanité
Qui n’ peut approcher d’ la Bonté
Sans qu’ cell’-ci, comm’ le lait, n’ s’aigrisse
Et n’ tourne aussitôt en malice !)

Si qu’y r’viendrait ! Si qu’y r’viendrait,
L’Homm’ Bleu qui marchait su’ la mer
Et qu’était la Foi en balade :

Lui qui pour tous les malheureux
Avait putôt sous l’ téton gauche
En façon d’ cœur... un Douloureux.
(Preuv’ qui guérissait les malades
Rien qu’à les voir dans l’ blanc des yeux,
C’ qui rendait les méd’cins furieux.)

L’ gas qu’en a fait du joli
Et qui pour les muffs de son temps
N’tait pas toujours des pus polis !

Car y disait à ses Apôtres :
— Aimez-vous ben les uns les autres,
Faut tous êt’ copains su’ la Terre,
Faudrait voir à c’ qu’y gn’ait pus d’ guerres
Et voir à n’ pus s’ buter dans l’ nez,
Autrement vous s’rez tous damnés.

Et pis encor :
— Malheur aux riches !
Heureux les poilus sans pognon,
Un chameau s’ enfil’rait ben mieux
Par le petit trou d’eune aiguille
Qu’un michet n’entrerait aux cieux !

L’ mec qu’était gobé par les femmes
(Au point qu’ c’en était scandaleux),
L’Homme aux beaux yeux, l’Homme aux beaux rêves
Eul’ l’ charpentier toujours en grève,
L’artiss’, le meneur, l’anarcho,
L’entrelardé d’ cambrioleurs

(Ça s’rait-y paradoxal ?)
L’ gas qu’a porté su’ sa dorsale
Eune aut’ croix qu’ la Légion d’Honneur !


II

Si qu’y r’viendrait, si qu’y r’viendrait !
Tout d’un coup... ji... en sans façons,
L’ modèl’ des méniss’s économes,
Lui qui gavait pus d’ cinq mille hommes
N’avec trois pains et sept poissons.

Si qu’y r’viendrait juste ed’ not’ temps
Quoi donc qu’y s’ mettrait dans l’ battant ?
Ah ! lui, dont à présent on s’ fout
(Surtout les ceuss qui dis’nt qu’ils l’aiment).

P’têt’ ben qu’y n’aurait qu’ du dégoût
Pour c’ qu’a produit son sacrifice,
Et qu’ cette fois-ci en bonn’ justice
L’aurait envie d’ nous fout’ des coups !

Si qu’y r’viendrait... si qu’y r’viendrait
Quéqu’ jour comm’ ça sans crier gare,
En douce, en pénars, en mariolle,
De Montsouris à Batignolles,
Nom d’un nom ! Qué coup d’ Trafalgar !

Devant cett’ figur’ d’honnête homme
Quoi y diraient nos négociants ?
(Lui qui bûchait su’ les marchands)
Et c’est l’ Pap’ qui s’rait affolé
Si des fois y pass’rait par Rome

(Le Pap’, qu’est pus riche que Crésus.)
J’en ai l’ frisson rien qu’ d’y penser.
Si pourtant qu’y r’viendrait Jésus,

Lui, et sa gueul’ de Désolé !

II


III

Eh ben ! moi... hier, j’ l’ai rencontré
Après menuit, au coin d’eun’ rue,
Incognito comm’ les passants
Des tifs d’argent dans sa perrugue
Et pour un Guieu qui s’ paye eun’ fugue
Y n’était pas resplendissant !

Y n’est v’nu su’ moi et j’y ai dit :
— Bonsoir... te v’là ? Comment, c’est toi ?
Comme on s’ rencontr’... n’en v’là d’eun’ chance !
Tu m’épat’s... t’es sorti d’ ta Croix ?
Ça n’a pas dû êt’ très facile...
Ben... ça fait rien, va, malgré l’ foid,
Malgré que j’ soye sans domicile,
J’ suis content d’ fair’ ta connaissance

— C’est vraiment toi... gn’a pas d’erreur !
Bon sang d’ bon sang... n’en v’là d’eun’ tuile !
Qué chahut d’main dans Paris !
Oh ! là là, qué bouzin d’ voleurs :
Les jornaux vont s’ vend’ par cent mille !
— Eud’mandez : « Le R’tour d’ Jésus-Christ ! »
— Faut voir : « L’Arrivée du Sauveur !!! »

— Ho ! tas d’ gouapeurs ! Hé pauv’s morues,
Sentinell’s des miséricordes,
Vous savez pas, vous savez pas ?
(Gn’a d’ quoi se l’esstraire et s’ la morde !)

Rappliquez chaud ! Gn’a l’ fils de Dieu
Qui vient d’ déringoler des cieux
Et qui comme aut’fois est sans pieu,
Su’ l’ pavé... quoi... sans feu ni lieu
Comm’ nous les muffs, comm’ vous les grues !!!

— (Chut ! fermons ça... v’là les agents !)
T’entends leur pas... intelligent ?
Y s’ charg’raient d’ nous trouver eun’ turne.
(Viens par ici... pet ! crucifié.)
Tu sais... faurait pas nous y fier.
Déjà dans l’ squar’ des Oliviers,
Tu as fait du tapag’ nocturne ;

— Aujord’hui... ça s’rait l’ mêm’ tabac,
Autrement dit, la même histoire,
Et je n’ te crois pus l’estomac
De r’subir la scèn’ du Prétoire !
— Viens ! que j’ te r’garde... ah ! comm’ t’es blanc.
Ah ! comm’ t’es pâl’... comm’ t’as l’air triste.
(T’as tout à fait l’air d’un artiste !
D’un d’ ces poireaux qui font des vers
Malgré les conseils les pus sages,
Et qu’ les borgeois guign’nt de travers,
Jusqu’à c’ qu’y fass’nt un rich’ mariage !)

— Ah ! comm’ t’es pâle... ah ! comm’ t’es blanc,
Tu guerlott’s, tu dis rien... tu trembles.
(T’ as pas bouffé, sûr... ni dormi !)
Pauv’ vieux, va... si qu’on s’rait amis
Veux-tu qu’on s’assoye su’ un banc,
Ou veux-tu qu’on balade ensemble...

— Ah ! comm’ t’ es pâle... ah ! comm’ t’ es blanc,
T’ as toujours ton coup d’ lingue au flanc ?
De quoi... a saign’nt encor tes plaies ?
Et tes mains... tes pauv’s mains trouées
Qui c’est qui les a déclouées ?
Et tes pauv’s pieds nus su’ l’ bitume,
Tes pieds à jour... percés au fer,
Tes pieds crevés font courant d’air,
Et tu vas chopper un bon rhume !

— Ah ! comm’ t’ es pâle... ah ! comm’ t’ es blanc,
Sais-tu qu’ t’ as l’air d’un Revenant,
Ou d’un clair de lune en tournée ?
T’ es maigre et t’ es dégingandé,
Tu d’vais êt’ comm’ ça en Judée
Au temps où tu t’ proclamais Roi !
À présent t’ es comme en farine.
Tu dois t’en aller d’ la poitrine
Ou ben... c’est ell’ qui s’en va d’ toi !

— Quéqu’ tu viens fair’ ? T’ es pas marteau ?
D’où c’est qu’ t’ es v’nu ? D’en bas, d’en haut ?
Quelle est la rout’ que t’ as suivie ?
C’est-y qu’ tu r’commenc’rais ta Vie ?
Es-tu v’nu sercher du cravail ?
(Ben... t’ as pas d’ vein’, car en c’ moment,
Mon vieux, rien n’ va dans l’ bâtiment) ;
(Pis, tu sauras qu’ su’ nos chantiers
On veut pus voir les étrangers !)

— Quoi tu pens’s de not’ Société ?
Des becs de gaz... des électriques.
Ho ! N’en v’là des temps héroïques !
Voyons ? Cause un peu ? Tu dis rien !
T’ es là comme un paquet d’ rancœurs.
T’ es muet ? T’ es bouché, t’ es aveugle ?
Yaou... ! T’ entends pas ce hurlement ?
C’est l’ cri des chiens d’ fer, des r’morqueurs,
C’est l’ cri d’ l’Usine en mal d’enfant,

C’est l’ Désespoir présent qui beugle !


IV

— Ed’ ton temps, c’était comme aujord’hui ?
Quand un gas tombait dans la pure
Est-c’ qu’on l’ laissait crever la nuit
Sans pèz’, sans rif et sans toiture ?

— (Pass’ que maint’nant gn’a du progrès,
Ainsi quand gn’a trop d’ vagabonds
Ben on les transmet au Gabon.)
Ceux d’ bon gré et ceux d’ mauvais gré
Et ceuss comm’ toi qu’ont la manie
D’ trouver que l’ monde est routinier,
Ben on les fout dans l’ mêm’ pagnier.
(Dam ! le Français est casanier,
Faut ben meubler les colonies !)

— On parle encor de toi, tu sais !
Voui on en parle en abondance,
On s’ fait ta tête et on s’ la paie,
T’ es à la roue... t’ es au théâtre,
On t’ met en vers et en musique,
T’ es d’venu un objet d’ Guignol,
(Ça, ça veut dir’ qu’ tu as la guigne.)

— Ousqu’il est ton ami Lazare ?
Et Simon Pierre ? Et tes copains...
Et Judas qui bouffait ton pain
Tout en t’ vendant comme au bazar ?
Et tes frangins et ta daronne
Et ton dab, qu’était ben jean-jean !

Te v’là, t’es seul ! On t’abandonne !

— Et Mad’leine... ousqu’alle est passée ?
(Ah ! pauv’ Mad’leine... pauv’ défleurie,
Elle et ses beaux nénés tremblants,
Criant pitié, miaulant misère,
Ses pauv’s tétons en pomm’s d’amour
Qu’ étaient aussi deux poir’s d’angoisse
Qu’on s’ s’rait ben foutu dans l’ clapet.)

— C’était la paix, c’était la Vie.
Ah ! tout fout l’ camp et vrai, ma foi,
T’ aurais mieux fait d’ te mett’ en croix
Contr’ son ventr’ nu... contr’ sa poitrine,
Ces dardés-là t’euss’nt pas blessé,
Sûr t’aurais mieux fait... d’ l’embrasser :
A n’avait un pépin pour toi !


V

Ah ! Généreux !... ah ! Bien-aimé,
Tout ton monde y s’a défilé
Et comm’ jadis, au Golgotha :
Eli lamma Sabacthani,
Ou n, i, ni c’est ben fini.

Eh ! blanc youpin... eh ! pauv’ raté !
Tout ton Œuvre il a avorté
Toi, ton Étoile et ta Colombe
Déringol’nt dans l’éternité ;
Tu dois en avoir d’ l’amertume.
Même à présent quand la neig’ tombe :

(On croirait tes Ang’s qui s’ déplument !)

Là, là, mon pauv’ vieux, qué désastre !
Gn’en a pas d’ pareil sous les astres,
Et faut qu’ ça soye moi qui voye ça ?
Et dir’ que nous v’là toi z’et moi,
Des bouff-la-guign’, des citoyens
Qu’ ont pas l’ moyen d’avoir d’ moyens.

Et que j’ suis là, moi, bon couillon,
À t’ causer... à t’ fair’ du chagrin,
Et que j’ sens qu’ tu vas défaillir
Et que j’ai mêm’ rien à t’offrir,
Pas un verre... un bol de bouillon !

Ohé, les beaux messieurs et dames
Qui poireautez dans les Mad’leines,
Curés, évêques, sacristains,
Maçons, protestants, tout’ la clique,
Maqu’reaux d’ vot’ Dieu, hé ! catholiques,
Envoyez-nous un bout d’hostie :

G’na Jésus-Christ qui meurt de faim !


VI

— Et pourtant, vrai, c’ qu’on caus’ de toi !
(Ah ! faut voir ça dans les églises,
Dans les jornaux, dans les bouquins !)
Tout l’ monde y bouff’ de ton cadavre
(Mêm’ les ceuss qui t’en veul’nt le plus !)

Sous la meilleur’ des Républiques
Gn’en a qu’ ont voulu t’ décrocher,
D’aut’s inaugur’nt des basiliques
Où tu peux seul’ment pas coucher.

— Et tout ça s’ passe en du clabaud !
Et quand y faut payer d’ sa peau,
Quand faut imiter l’ Fils de l’Homme,
Oh ! là, là, gn’a rien d’ fait... des pommes !

Les sentiments sont vit’ bouclés,
À la r’voyure, un tour de clé !
Les uns y z’ont les pieds nick’lés,
Les aut’s y les ont en dentelles !

— (Toi au moins t’ étais un sincère,
Tu marchais... tu marchais toujours ;
(Ah ! cœur amoureux, cœur amer)
Tu marchais mêm’ dessur la mer
Et t’ as marché... jusqu’au Calvaire !)

— Et dir’ que nous v’là dans les rues
(Moi, passe encor, mais toi ! oh ! toi !)
Et nous somm’s pas si loin d’ Noël ;
T’es presque à poils comme autrefois,
Tout près du jour où ta venue
Troublait les luisants et les Rois !

Ah ! mes souv’nirs... ah ! mon enfance
(Qui s’est putôt mal terminée),
Mes ribouis dans la cheminée,
Mes mirlitons... mes joujoux d’ bois !

— Ah ! mes prièr’s... ah ! mes croyances !
— Mais ! gn’a donc pus rien dans le ciel !

—  Sûr ! gn’a pus rien ! Quelle infortune !
(J’ suis mêm’ pas sûr qu’y ait cor la Lune.)
Sûr ! gn’a pus rien, mêm’ que peut-être
Y gn’a jamais, jamais rien eu...


VII

Mais à présent... quoi qu’ tu vas foutre ?
Fair’ des bagots... ou ben encor
Aux Hall’s... décharger les primeurs !
(N’ va pas chez Drumont on t’ bouff’rait)
Après tout, tu n’étais qu’un youtre !

— Si j’ te servais tes Paraboles !

Heureux les Simpl’s, heureux les Pauvres,
Eul’ Royaum’ des Cieux est à euss.

— (C’est avec ça qu’on nous empaume,
Qu’on s’ cal’ des briqu’s et des moellons)
Ben, tu sais, j’ m’en fous d’ ton Royaume ;
J’am’rais ben mieux des patalons
Eun’ soupe, eun’ niche et d’ l’amitié.

(Car quoiqu’ t’ ay’ ben fait ton métier
Toi, ton grand cœur et ta pitié,
N’empêch’nt pas d’avoir foid aux pieds !)

— Ainsi arr’gard’ les masons closes
Où roupill’nt ceuss’ qui croient en Toi.
Sûr qu’ t’es là, su’ des bénitiers
Dans les piaul’s... à la têt’ des pieux ;
Crois-tu qu’un seul de ces genss’ pieux
Vourait t’abriter sous son toit ?


VIII

Ah ! toi qu’on dit l’Emp’reur des Pauvres
Ben ton règne il est arrivé.
Tu d’vais r’venir, tu l’as promis,
Assis su’ ton trône et « plein d’ gloire »
Avec les Justes à ta droite ;
Et te v’là seul dans la nuit noire
Comm’ un diab’ qu’est sorti d’ sa boîte !
Sais-tu seul’ment où est ta gauche ?

Oh ! voui t’es là d’pis deux mille ans
Su’ un bout d’ bois t’ouvr’ tes bras blancs
Comme un oiseau qu’ écart’ les ailes,
Tes bras ouverts ouvrent... le ciel
Mais bouch’nt l’espoir de mieux bouffer
Aux gas qui n’ croient pus qu’à la Terre.

Oh ! oui t’es là, t’ouvr’ tes bras blancs
Et vrai d’pis Y temps qu’on t’a figé
C’ que t’en as vu des affligés,
Des fous, des sag’s ou des d’moiselles
Combien d’ mains s’ sont tendues vers toi
Sans qu’ t’aye pipé, sans qu’ t’aye bronché !

Avoue-le va... t’ es impuissant,
Tu clos tes châss’s, t’ as pas d’ scrupules,
Tu protèg’s avec l’ mêm’ sang-froid
L’ sommeil des Bons et des Crapules.
Et quand on perd quéqu’un qu’on aime,
Tu décor’s, mais tu consol’s pas.

Ah ! rien n’ t’émeut, va, ouvr’ les bras,
Prends ton essor et n’ reviens pas ;
T’ es l’Étendard des sans-courage,
T’ es l’Albatros du Grand Naufrage,
T’ es le Goëland du Malheur !


IX

Quiens ! ôt’-toi d’ là et prends ta course,
Débin’, cavale ou tu vas voir,

Aussi vrai qu’ j’ai un nom d’ baptême
Et qu’ nous v’là tous deux dans la boue,
Aussi vrai que j’ suis qu’eun’ vadrouille,
Un bat-la-crève, un fout-la-faim
Et toi un Guieu magasin d’ giffes.

Ej’ m’en vas t’ buter dans la tronche,
J’ vas t’ boulotter la pomm’ d’Adam,
J’ m’en vas t’ rincer, gare à ta peau !

En v’là assez... j’ m’en vas t’ saigner.
J’ai soupé, moi, des Résignés
J’ai mon blot des Idéalisses !

— Arrière, arrièr’, n’ va pas pus loin !
Un moment vient où tout s’ fait vieux,
Où les pus bell’s chos’s perd’nt leurs charmes :

(Oh ! v’là qu’ tu pleur’s, et des vraies larmes !
Tout va s’écrouler, nom de Dieu !)

— Ah ! je m’ gondole... ah ! je m’ dandine...
Rien n’ s’écroule, y aura pas d’ débâcle ;
Eh l’Homme à la puissance divine !
Eh ! fils de Dieu ! fais un miracle !


X

— Et Jésus-Christ s’en est allé
Sans un mot qui pût m’ consoler,
Avec eun’ gueul’ si retournée
Et des mirett’s si désolées
Que j’ m’en souviendrai tout’ ma vie.

Et à c’ moment-là, le jour vint
Et j’ m’aperçus que l’Homm’ Divin..
C’était moi, que j’ m’étais collé
D’vant l’ miroitant d’un marchand d’ vins !

On perd son temps à s’engueuler...

III


Il suffit d’un Homme pour
changer la face du monde.
J. R.


XI

Mais ça fait rien si qu’y r’viendrait
Quéqu’ nuit d’Hiver quand l’ frio semble
Fair’ péter pavés et carreaux
(Mais durcir les cœurs les pus tendres),
Et g’ler les pleurs aux cils qui tremblent,
Si qu’y planquait son blanc mensonge
Quéqu’ nuit autour d’un brasero !

Ça s’rait p’têt’ moi qui yi dirait
Les mots qui s’raient l’ pus nécessaire
Et ça s’rait p’têt’ ben moi qui s’rait
L’ pus au courant d’ sa grand’ misère,
Ça s’rait p’ têt’ moi qui l’ consol’rais...

— Ah ! qu’ j’y crierais, n’ va pas pus loin,
A branl’nt dans l’ manch’ tes cathédrales ;
N’ va pas pus loin, n’ va pas pus loin,
Ton pat’lin bleu est cor pus vide
Qu’ nos péritoin’s réunis.
Ah ! enfonc’-toi les poings dans l’ bide
Jusqu’à la colonn’ vertébrale !

— Arrière, arrièr’, n’ va pas pus loin !
Ou n’ viens qu’ la s’main’ des quat’-jeudis
Car tu r’trouv’rais tes Ponce-Pilate
Présent en limace écarlate,
Trempée dans l’ sang des raccourcis !

— Arrière, arrièr’, n’ va pas pus loin !
(Car l’Iscariot a fait des p’tits)
Tu pourrais pus confier ta peine
Qu’aux grands torchons ou... à la Seine.

T’ as cru à l’Homm’ toi, ma pauv’ vieille ?
Ah ben ! tu sais, moi je n’ sais pus !
{Ventre affamé n’a pas d’oreilles
Et les vent’s pleins n’en ont pas plus !)


XII

— Pleur’ ! Pleure encor, pleur’ tout’s tes r’ssources
(Comm’ pleur’ le gas qui n’ peut payer
Son enterr’ment ou son loyer).
Qu’ tes trous à voir d’vienn’nt deux gross’s sources
Et qu’ l’Univers en soye noyé !

— Pleur’ ! pleure encore et sois béni,
Ta banq’ d’amour a fait faillite
Coffret d’ sanglots, boîte à génie.

Ah ! le beau rêv’ que t’ as conté.
Ton Paradis ? La belle histoire
Sans c’te vach’ de Réalité :

— T’ étais l’ pus pauv’ d’entre les Hommes
Car tu sentais qu’ tu pouvais rien
Contre leur débine indurée :

(Or comm’ les Pauv’s n’ont d’aut’ moyen
Pour bouffer un peu leur chagrin
Que d’ se réciter leur détresse
Ou d’en dir’ du mal à part eux
Et rêvasser quéqu’ chose de mieux
Pour le surlend’main des lend’mains)

— Toi, t’ as voulu sécher d’un coup
Le très vieux cancer des Humains
Et pour ça leur en faire accroire...
Ton Paradis ? la belle histoire !
Et tu leur aimantas les yeux
Vers le vide enivrant des cieux
Qui dans ton pat’lin sont si bleus !

(Ton Paradis ? Eh ben ! c’était
Un soliloque de malheureux !)


XIII

— Ah ! sors-toi l’ cœur, va, pauv’ panné,
Ton cœur de pâle illuminé,
Au lieur d’histoir’s à la guimauve
Hurle ta peine à plein gosier.

— Pisqu’y gn’a pus personn’ qui t’aime
Et qu’ te v’là comme abandonné
Le cul su’ ta Mason ruinée,
Sors-moi ton cœur désordonné
Lui qui n’a su que pardonner,
Tremp’-le dans la boue et dans l’ sang
Et dans ton poing qu’y d’vienne eun’ fronde
Et fous-le su’ la gueule au monde
Y t’en s’ra p’têt’ reconnaissant !

(T’ en as déjà donné l’exemple
Mais d’puis... l’a passé d’ l’eau sous l’ pont)
Faut rester l’ gas au coup d’ tampon
Qui boxait les marchands du Temple !

— Chacun a la Justice en lui,
Chacun a la Beauté en lui,
Chacun a la Force en lui-même,
L’Homme est tout seul dans l’Univers,
Oh ! oui, ben seul et c’est sa gloire,

Car y n’a qu’ deux yeux pour tout voir.

Le Ciel, la Terre et les Étoiles
Sont prisonniers d’ ses cils en pleurs.
Y n’ peut donc compter qu’ su’ lui-même.
J’ m’en vas m’ remuer, qu’ chacun m’imite,
C’est là qu’est la clef du Problème,
L’Homm’ doit êt’ son Maître et son Dieu !


XIV

— Quiens ! V’là l’ Souriant en flanquet bleu,
V’là l’ coq qui crach’ son vieux catarrhe
Comme au matin d’ ton agonie
Alors que Pierr’ copiait Judas

(Tu vois c’te bête alle a s’en fout
A sonn’ la diane de la Vie,
La Vie qui n’ meurt pas comm’ les Dieux !)

— Viens çà un peu que j’ te délie
Et que j’ t’aide à sortir tes clous
(Eustach’s pour qui qui nous touch’ra)

Viens avec moi par les Faubourgs,
Par les mines, par les usines
On ballad’ra su’ les Patries
Où tes frangins sont cor à g’noux
(Car c’est toi qui les y a mis !)

Faut à présent leur prend’ les pattes,
Les aider à se r’mett’ debout,
Y faut secouer au cœur des Hommes
Le Dieu qui pionc’ dans chacun d’ nous !


XV

Ou ben alorss si tu peux pas,
Si tu n’as pus rien dans les moëlles,
[Retourn’ chez l’Accrocheur d’Étoiles]
Remont’ là-haut ! Va dire au Père,
À celui qui t’a envoyé,
Quéqu’ chos’ qu’aurait l’air d’eun’ prière
Qui s’rait d’ not’ temps, eh ! crucifié.


XVI

Notre dab qu’on dit aux cieux,

(C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

Notre daron qui êt’s si loin
Si aveug’, si sourd et si vieux,

(C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

Que Notre effort soit sanctifié,
Que Notre Règne arrive

À Nous les Pauvr’s d’pis si longtemps,

(C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

Su’ la Terre où nous souffrons
Où l’on nous a crucifiés
Ben pus longtemps que vot’ pauv’ fieu
Qu’a d’jà voulu nous dessaler.

(C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

Que Notre volonté soit faite
Car on vourait le Monde en fête,
D’ la vraie Justice et d’ la Bonté,

(C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

Donnez-nous tous les jours l’ brich’ton régulier
(Autrement nous tâch’rons d’ le prendre) ;
Fait’s qu’un gas qui meurt de misère
Soye pus qu’un cas très singulier.

(C’est y qu’on n’ pourrait pas s’entendre !)

Donnez-nous l’ poil et la fierté
Et l’estomac de nous défendre,

(Des fois qu’on pourrait pas s’entendre !)

Pardonnez-nous les offenses
Que l’on nous fait et qu’on laiss’ faire
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation
De nous endormir dans la misère
Et délivrez-nous de la douleur
(Ainsi soit-il !) 

  

Rictus aux côtés de Fabrice Carlier
 

  • 1867 : Le 3 septembre à Boulogne-sur-Mer : naissance de Gabriel Randon, le futur Jehan-Rictus.
    Une nourrice le déclare à l'état-civil. Seule sa mère est mentionnée : Adine Randon. (En réalité Domitille-Camille-Gabrielle-Adine Randon de Saint-Amand. Ce « de Saint-Amand » facultatif ne renvoit à aucune famille noble, ce que le poète sut assez vite.) Adine était fille de Joseph Randon, militaire en retraite mort deux ans après sa naissance, et d'une britannique Rosavinia-Fetillia Collington.
    Le père non mentionné s'appelait Mandé Delplanque. Il semble que ce fut un professeur de gymnastique ayant ses activités en Angleterre.
    (Notons que la mère n'avait pas reconnu Gabriel non plus. C'est en tous cas ce qui était admis à la mort de celui-ci.)
  • Pendant 2 ans, voire 3, l'enfant est en nourrice dans une ferme du Pas-de-Calais.
  • 1869 ou 1870 : Ses parents le reprennent et l'emmènent à Londres. Ils y restent pendant la guerre franco-allemande.
  • Après un séjour en France, enfance en Grande-Bretagne. Début de scolarité en anglais.
    Fréquentes scènes de ménage entre les deux parents.
  • Vers 1876 : Gabriel a 9 ans. Sa mère et lui reviennent définitivement en France.
    Ils s'installent à Paris. Adine Randon y est, un temps, figurante au Théâtre des Variétés et à l'Opéra. Plus tard, sous le nom de Gabrielle Randon, elle publiera à compte d'auteur des livres, notamment de poèmes.
    D'évidence elle est folle, hystérique. Elle a pris son enfant en grippe, le maltraite. Le roman Fil-de-Fer mettra en scène ce couple infernal mère-fils : l'auteur n'eut nul besoin de caricaturer.
    Quant au père, très vite il disparaît sans laisser de trace.
  • 1881 : Sa mère le retire de l'école (après le certificat d'études) et le met à faire de petits métiers.
  • Vers 1885 : Vers l'âge de 18 ans, il se sépare définitivement de sa mère.
    Commence une existence de misère. Il exerce d'autres petits métiers, généralement manuels, en change fréquemment.
    Il s'est passionné pour la poésie et fréquente les autres poètes de la bohème montmartroise. Il compose des poèmes de forme tout à fait classique.
  • 1886 : Commence une période noire : s'étant retrouvé sans logement, il ne peut compter que sur l'hébergement d'amis, se retrouvant sinon à la rue.
  • 1887 : Premières parutions de poèmes dans Le Mirliton (revue d'Aristide Bruant). Puis dans d'autres revues.
  • 1889 : Février : Ramassé à demi-mort, il est hospitalisé à Lariboisière.
    À sa sortie, appuyé par José-Maria de Heredia, il trouve une place à la Préfecture de la Seine. Il occupera ainsi divers postes d'employé... mais avec une telle mauvaise volonté qu'il est toujours rapidement congédié.
  • 1891 : Il se passionne pour l'Anarchisme (comme beaucoup de bohèmes de son époque) s'enflammant notamment pour sa variante violente (compose une Élégie de la dynamite).
    Il participe au « magnificisme », mouvement littéraire que Saint-Pol Roux tente d'organiser. Il travaille à un poème ambitieux, La Dame de Proue, dont ne seront publiés que des extraits.
  • 1892 : Il travaille à L'Imposteur, un roman de propagande anarchiste racontant le retour du Christ dans la France de l'époque. Le roman ne sera jamais achevé, mais on en retrouvera l'idée dans le poème le plus connu de l'auteur : Le Revenant.
    Il fait du journalisme. Première apparution du pseudonyme « J. Rictus ».
  • 1893 : Décembre : Il organise un essai de lecture publique de poésie, aux concerts d'Harcourt (fiasco).
  • 1895 : Pour se sortir de la misère (sans la haute prétention artistique et sociale qu'il affirmera plus tard), il se résoud à composer des « soliloques » faisant parler un miséreux en octosyllabes et en langue populaire, et de les réciter lui-même dans des cabarets. Naissent ainsi L'Hiver puis Impressions de promenade.
    Le 12 novembre, il fait ses débuts aux Quat'z-arts, Boulevard de Clichy. Il a pris pour cela le pseudonyme de Jehan Rictus (bien plus tard, il insistera pour qu'on l'écrive “Jehan-Rictus” avec un tiret).
    Une plaquette a paru : Soliloques du Pauvre L'Hiver.
  • 1896 : Vers février, il a enrichi son répertoire du poème Le Revenant. Jean Lorrain puis d'autres lui font des critiques enthousiastes.
  • 1897 : Première édition des Soliloques du Pauvre (détails dans la page bibliographie).
    Rapidement épuisé, l'ouvrage est réédité par le Mercure de France.
    Le poète devenu chansonnier se produit maintenant au Chat Noir. Il sera très demandé jusqu'en 1901. Il récite également dans des dîners mondains, et dans des manifestations socialistes.
  • 1898 : 21 septembre : Jehan-Rictus commence à tenir son Journal Quotidien : ce journal intime comportera plus de 30 000 pages à la mort de l'auteur.
    À cette époque, commence la plus durable de ses liaisons amoureuses : Cécile Dard, fille-mère, modiste, par ailleurs plus ou moins entretenue par un vieillard. Cela durera jusqu'en 1908.
  • 1900 : Parution de Doléances (Nouveaux Soliloques) contenant Crève-Cœur, Complainte des petits déménagements parisiens, Le Piège... Ce volume eut peu de succès.
  • 1902 : Parution des Cantilènes du Malheur (mince plaquette : essentiellement La Jasante de la Vieille).
    Dans l'incapacité de renouveler suffisamment son répertoire, il se voit peu à peu évincé des cabarets.
  • 1903 : Édition définitive des Soliloques du Pauvre, comportant 110 illustrations de Steinlen, véritable co-auteur de cette BD avant la lettre. Jehan-Rictus lui-même, en aristocrate déchu, prête sa silhouette au Pauvre. Il s'agit de préciser au lecteur que ce “Pauvre” n'est pas n'importe quel miséreux, mais bien “l'Artiste”, le poète lui-même. Par ailleurs en sont retirées les pièces de la première édition détonant avec ce personnage. Crève-cœur et Les Masons prennent leur place. Mais ce remaniement ne sera guère compris : Jehan Rictus est adopté comme “Poète des pauvres” malgré lui.
    Parution du pamphlet Un bluff littéraire, le cas Edmond Rostand.
    Léon Bloy, qui fréquente abondamment Jehan-Rictus à cette époque et que celui-ci cherche à aider, fait son éloge dans Le dernier poète catholique, une étude qui terminera le livre Les Dernières Colonnes de l'Église.
  • 1904 : Paris qui chante publie une première version de la Charlotte.
    14 août : Sa mère, en furie, lui rend visite à l'improviste... Une scène piteuse qui a lieu en présence de Léon Bloy.
  • 1905 : Dimanche et lundi férié, ou le Numéro gagant (pièce en un acte) est jouée et imprimée.
  • 1906 : Fil-de-Fer, roman autobiographique.
    mars : Sa mère revient à la charge. Il lui versera une pension.
    novembre : Ses meilleurs poèmes sont réunis dans un numéro spécial des Chansonniers de Montmartre.
  • 1907 : 15 mai : Mort de sa mère. Rictus prend concience de l'état de folie dans laquelle elle avait succombé.
    Auto-publications isolées de deux nouveaux poèmes : La Frousse et Les Petites Baraques.
    Pour le reste, et jusqu'en 1910, il traverse une période noire en terme d'inspiration : il bacle des écrits alimentaires dans des revues, travaille au Bel Enfant qui ne sera publié intégralement qu'après sa mort.
  • 1910 : Il se remet à des poèmes d'inspiration populaire que lui publie la revue Comoedia : La Grande Irma, Idylle, le poème-roman Pauvre Julien...
  • 1914 : .. le Cœur populaire, le deuxième grand recueil de poésie, réunit les principales pièces ne rentrant pas dans le cycle des Soliloques du Pauvre.
    Une ex-maîtresse donne naissance à un enfant (une fille) dont il est sans doute le père.
  • Pendant la guerre : Jehan-Rictus affiche des opinions très nationalistes.
    Dans le même temps sa poésie devient très populaire parmi les “poilus”.
  • après 1918 et jusqu'à la fin : Il écrit difficilement (si ce n'est son journal et une abondante correspondance), ne publie plus rien d'important. Il subsiste néanmoins correctement, de ses droits d'auteurs, revenus de récitals, subsides d'amis...
  • 1930 : Jeanne Landre, une amie de longue date, publie Les Soliloques du Pauvre de Jehan Rictus. C'est le premier ouvrage à lui être consacré. Elle n'y raconte que les débuts du poète, et brode beaucoup sur la réalité. C'est la source de nombre d'inexactitudes répétées depuis.
  • 1931 : Enregistre cinq de ses textes en trois 78-tours.
    Participe à plusieurs émissions de radio.
  • 1933 : Le 22 mars, il participe à un gala de L'Action française : il ne fut jamais affilié à ce mouvement, contrairement à ce qui fut dit, ni à aucun autre, mais lisait avec grand intérêt son quotidien depuis les années d'après-guerre.
    Le 12 juillet, il est décoré de la légion d'honneur. Dans la même promotion figure Max Jacob.
    Le 6 novembre, il meurt. Aucun héritier connu : l'État hérite de ses manuscrits.

 

POSTÉRITÉ

  • 1935 : Gaston Ferdière publie Jehan-Rictus, son œuvre, monographie un peu plus rigoureuse.
  • 1943 : René-Louis Doyon, chargé de répertorier le « fonds Jehan Rictus » de la Bibliothèque nationale, parcourt le Journal Quotidien. Il publie Jehan Rictus devant lui-même, Laurent Tailhade, Léon Bloy, ouvrage furieusement contre « Rictus ». Il avait visiblement pris notre auteur en grippe.
  • 1947 : Parution de l'étude Jehan-Rictus et la misère par Eugène Porret et Étienne Chipier.
  • 1949 : Pierre Seghers réédite les deux recueils poétiques.
  • 1955 : Seghers édite Lettres à Annie (adressées à Annie et Paul Vuillaud, amis de Rictus).
  • 1960 : Un volume de la collection « Poètes d'aujourd'hui », par Théophile Briant, lui est consacré.
  • 1991 : Claude Antonini crée le spectacle « Une nuit avec Jehan Rictus », chantant les passages lyriques et disant le reste du texte. Un disque suivra en 1993.
  • 1995 : Philippe Oriol, Jehan-Rictus, l'homme et l'oeuvre, thèse de doctorat (Paris-Sorbonne). Se basant notamment sur une lecture du Journal, elle permet enfin d'y voir plus clair sur la biographie et les intentions du poète.
  • Années 2000 : Plusieurs spectacles sont créés autour de l'œuvre de Jehan Rictus (Festival d'Avignon, Maison de la Poésie à Paris...)
  • Pour le reste, les nombreuses anthologies de la poésie française parues depuis 1945 ont presque toutes exclu notre auteur.
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